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Le 23 octobre 2018

Editorial 27 octobre 2009

Surproduction alimentaire et famine

Plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde en 2009 selon les agences onusiennes.
La grève du lait a provoqué la destruction de plusieurs millions de litres de lait en Europe. Ce sont des faits tirés de l’actualité récente.

Comment est-ce possible ? D’un coté de la planéte on détruit de la nourriture de l’autre on meurt de faim.

Le paradoxe agricole

Les agriculteurs sont de moins en moins nombreux. le nombre d’exploitations agricoles était de 1,5 million en 1970, 924.000 en 1990 et 527.000 en 2007. Mais la surface agricole ne baisse que très peu : 28 millions d’hectares en 1995 et 27,5 millions d’hectares de surface agricole utilisée en France en 2007.

Les agriculteurs sont contraints d’agrandir leurs surfaces exploitées pour compenser la baisse des aides. Moins d’exploitations et de plus grandes surfaces à exploiter : c’est l’industrialisation de l’agriculture.

La PAC en question

Le traité de Rome (25 mars 1957) a donné à la PAC une orientation volontairement productiviste et protectionniste. C’est la nécessité de la reconstruction d’après-guerre (1939-1945) qui impose une augmentation de la production agricole et la construction d’une union douanière. Pour ces objectifs la PAC fut une réussite. Elle permet très vite une modernisation de l’agriculture et le développement de la production. La productivité obtenue porte l’Union Européenne au 2ème rang des exportateurs agricoles mondiaux.

La PAC c’est aussi des écueils : surproduction, fluctuations monétaires,
extension de l’Union européenne, émergence de nouveaux et agressifs exportateurs de produits agricoles dans le cadre de l’OMC.

Puis, plus récemment, l’émergence de l’attitude des consommateurs plus difficiles amplifie cette remise en cause de la PAC : volonté de privilégier la qualité des produits à la quantité, problèmes de pollution liés à l’intensification de l’agriculture (utilisation abusive des pesticides, semences OGM,...) ; scandales sanitaires des années 1990 (ESB, dioxine, grippe aviaire, …) ; changement climatique, ...

Autant de critères qui nécessitent une refonte de la politique agricole communautaire. Il faut que la PAC devienne une solution pour une agriculture durable (ou réellement raisonnée), même si les disparités des Etats membres de l’UE rendront difficiles les réformes à venir.

Famine et redistribution de la surproduction

En 2008, l’aide du Programme Alimentaire mondial (PAM) a touché 102,1 millions de personnes dont 84,4 millions dans le cadre d’opérations d’urgence (sur 1 milliard de personnes sous alimentées)

Le PAM indique que le nombre de situations d’urgence alimentaire a augmenté au cours de ces deux dernières décennies, passant d’une moyenne de 15 par an pendant les années 1980 à plus de 30 par an depuis le début du millénaire. En 2007, l’agence a acheminé 3,3 millions de tonnes d’aide alimentaire par air, par terre et par mer.

Mais quid de la surproduction agricole mondiale ? Pourquoi payer les agriculteurs pour détruire les fruits et légumes ? Cela s’appelle "le retrait". 85 % des retraits faisait l’objet d’une destruction au début des années 2000, ce pourcentage atteignant 98 % pour les pêches et nectarines. L’alimentation animale et les distributions gratuites, ne représentant respectivement en France, que 10-12% et moins de 5% des retraits.

Un voeu pour conclure : pourquoi ne pas organiser une redistribution de la production exédentaire ? C’est compliqué bien sûr. Mais probablement moins que de chercher et de distribuer des milliards qui finiront de toute manière dans les poches des dictateurs qui affament leurs peuples.

Et puis, plus prosaïquement, souhaiter que l’on puisse réapprendre aux peuples affamés à se réapproprier la terre et l’agriculture de leur lieu de vie (voir les actions de Pierre Rabhi). Pour autant que la paix le leur permette. Jacques Solomiac