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Climat 5 décembre 2009

Les négationnistes climatiques

A l’occasion du COP15, sommet de l’ONU sur le climat qui se déroulera du 7 au 18 décembre 2009 à Copenhague, France 4 propose une enquête documentaire inédite de Paul Moreira sur le lobby pétrolier américain et l’action des négationnistes climatiques : Enfumés.

Le journaliste revient sur cette tempête politique montrant comment les industriels du pétrole, du charbon et de l’automobile ont placé leurs agents d’influence au coeur même de l’administration américaine.

Interview de Paul Moreira par France 4

France 4 : Comment est-né ce projet d’enquête documentaire ?

Paul Moreira : Le documentaire met en lumière l’action des négationnistes climatiques. Il s’intéresse principalement à des gens qui ne sont pas des scientifiques mais des avocats au service d’industries qui n’ont aucun intérêt aux mesures contre le réchauffement climatique. Je ne remets pas en cause la nécessité du doute. A condition qu’elle soit motivée par des principes vraiment scientifiques et pas des intérêts financiers. Or ces gens ont fait prendre dix ans de retard à la planète. Pour cela, ils ont infiltré l’appareil d’état au plus haut niveau. C’est une histoire incroyable de manipulation d’une politique publique par des hommes que je n’arrive pas à qualifier autrement que d’agents secrets au service du pétrole... Au départ, j’avais réalisé pour Canal plus, il y a deux ans, un documentaire sur la voiture : "Mourir pour la voiture ?". Pendant cette enquête, je suis tombé sur ce réseau d’agents d’influence au service de l’industrie pétrolière, automobile et charbonnière. Ceux que les écologistes appellent le "Carbon Club". Leurs activités étaient discrètes, jusqu’à ce qu’un lanceur d’alertes, un whistle blower, les dénonce à la presse. Et brusquement, les voilà convoqués devant une commission d’enquête au Congrès. Tout s’est fait très vite.

France 4 : Comment avez-vous réussi à vous introduire dans ce milieu ?

Paul Moreira : Les lobbyistes publics sont faciles à rencontrer. C’est leur job de parler à la presse. Ceux qui sont impossible à coincer sont ceux qui réussissent à acquérir une position au sein de l’appareil d’état. Je pense notamment à Philip Cooney. Pour mémoire, Al Gore dans son film mondialement célèbre, "An unconvenient truth", signale son existence mais il n’a aucune photo du bonhomme. Alors il se contente d’écrire en grand son nom sur l’écran de sa conférence. Si nous avons pu filmer Cooney, c’est grà¢ce aux auditions du Congrès. Il était obligé de venir.

Les diffusions : Mercredi 09 décembre 2009 à 22h10, Samedi 12 décembre à 18h05, Lundi 14 décembre à 00h40.

Petit rappel historique

KYOTO, décembre 1997.
Pour la première fois 160 nations envisagent de réduire leurs émissions de CO2. Parmi elles, les Etats-Unis d’Amérique sans lesquels aucune politique mondiale n’est possible. Le vice-président Al Gore prononce une phrase qui sonne comme une déclaration de guerre : « Dans mon pays, nous nous souvenons des industriels du tabac qui nous expliquaient que fumer n’était pas mauvais pour la santé. A ceux qui vont chercher à faire obstruction à notre démarche nous disons : nous ne vous laisserons pas mettre des intérêts privés étroits au dessus de ceux de toute l’espèce humaine… » Certaines industries vont se battre contre les décisions prises à Kyoto car pour elles, réduire les émissions de CO2 signifie réduire la consommation et donc leurs chiffres d’affaires. Un lobby aussi implacable que discret va tout faire pour freiner ce processus. Les lobbyistes vont infiltrer l’appareil d’état, séduire, menacer les politiques, modifier les lois. Ils vont financer une extraordinaire machine de guerre visant à nier l’urgence climatique.

2001 : George W. Bush est élu. L’enquête montre comment les industriels du pétrole, du charbon et de l’automobile vont placer leurs agents d’influence au cour même de son administration.
L’un de ces lobbyistes, Philip Cooney, va devenir l’interface entre la communauté scientifique du climat et la présidence des Etats-Unis. Il a travaillé pendant 15 ans pour l’institut du pétrole américain et son infiltration au cœur de la Maison Blanche en tant que chargé du climat au Conseil de la Qualité Environnementale aurait dû rester secrète. C’était sans compter sur Rick Piltz, un modeste fonctionnaire chargé d’éditer les travaux des scientifiques sur le climat. Piltz va être témoin des pressions exercées par Philip Cooney sur la recherche. Il va découvrir que les rapports des scientifiques sont massivement modifiés, amendés, tronqués par Cooney. En y injectant le doute, il va en altérer le sens … Là où les scientifiques avaient mentionné des certitudes, il glisse des « peut-être »…Rick Piltz décide de quitter son travail avec les documents qui établissent l’infiltration du lobby pétrolier. Il donne l’alerte, devient un « whistle blower ». L’information fait la UNE du New York Times. En 2007, les parlementaires démocrates demandent une commission d’enquête. Ils veulent entendre Philip Cooney et lui faire avouer qu’il n’était pas un simple fonctionnaire au service du bien public mais un agent du lobby pétrolier. Paul Moreira a obtenu l’autorisation de filmer les auditions devant le Congrès. Dans une dramaturgie évoquant un moment de cinéma, l’agent d’influence est passé sur le grill. Les auditions vont révéler les méthodes très particulières du gouvernement Bush et ses liens organiques avec l’industrie pétrolière. Ainsi, un document destiné à rester secret est produit : c’est un plan d’action élaboré par le lobby pétrolier, une feuille de route pour manipuler l’opinion publique et retarder les décisions. Un climat d’intimidation qui touchait non seulement l’administration mais aussi les institutions comme la NASA. A cause des manœuvres des lobbies industriels et des blocages du gouvernement Bush, un temps précieux a été perdu. Les spécialistes disent une dizaine d’années.

Après l’élection de Barack Obama, la position des climatologues et des écologistes va être entendue. L’objectif de la nouvelle administration américaine, bien disposée à lutter contre le réchauffement climatique est le suivant : ramener les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis à leur niveau de 1990 d’ici 2020.

Source : France 4