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La vie 17 mai 2007

Le mensonge (utile) des enfants

De nombreux médecins préférent ne pas utiliser le terme de « mensonge » à propos des récits de jeunes enfants. « On ne peut parler de mensonge, que lorsqu’un enfant est capable de faire la différence ente la réalité et ses désirs, et lorsqu’il se voit penser et sait que la parole qu’il adresse à autrui est fausse. Il faut donc avoir une personnalité assez construite pour être capable de mentir » dit, par exemple, Maurice Berger pédopsychiatre au CHU de Saint-Étienne,

Pour Danielle Dalloz, psychanalyste, la conscience de la frontière nette entre imaginaire et réalité n’apparaît pleinement qu’à 6 ou 7 ans. Avant, la maturation de la zone cérébrale, le cortex préfrontal, qui permet de distinguer le réel de la fiction n’est pas achevée, ce qui explique que les plus petits croient avoir vécu « en vrai » ce dont ils ont rêvé.
"C’est le temps de la pensée magique, du jeu. Tout est possible à cet à¢ge", explique le médecin. "L’enfant puise à la source de ses désirs ; les lois de la réalité n’existent plus".

Le monde imaginaire de Peter Pan.

La petite fille de 5 ans, qui debout sur la table, nie farouchement : "Je ne suis pas debout sur la table, je suis sur mes pieds !" Tout l’intérêt pour l’enfant consiste à la fois à pouvoir inventer le monde, le recréer, mais également le casser quand il le décide ou quand il se heurte finalement à la réalité, c’est-à -dire aux conséquences de son affabulation, que ce soit l’incrédulité de ses parents, la rigolade des copains ou les réprimandes de son entourage.

L’attitude des parents face au mensonge

- Faire confiance : écouter d’abord et ne pas manifester immédiatement son scepticisme.
La confiance en l’enfant doit être le socle sur lequel repose la relation. L’enfant doit être respecté et sa parole ne doit jamais être mise en doute a priori.
- Pratiquer l’humour : répondre malicieusement pour provoquer le rire de l’enfant et lui montrer quil n’y à pas de duplicité.
- Mettre en évidence les conséquences : parler avec l’enfant le plus vite possible pour lui expliquer les effets de son acte. Cette discussion doit se dérouler en tête à tête avec lui, pas en public pour éviter l’humiliation. Faire prendre conscience des répercussions, positives ou négatives des actes de l’enfant est primordial.
- Punir les gros mensonges : la sanction est nécessaire pour les "gros" mensonges, la « bonne » punition doit avoir une signification pour l’enfant : suppression d’un jeu, ....
- Le mensonge comme signe de "mal être"
Un mensonge dit pathologique peut être un exutoire à une situation de "mal être" de l’enfant dans son environnement (école, maison) il est toujours accompagné d’autres signes : extrême agitation, violence ou, au contraire, repli sur soi, problèmes scolaires, etc. Et parfois cette pathologie est le miroir d’une situation dans laquelle, souvent, ce sont… les parents qui vont mal.

Bibliographie :
Danielle Dalloz : Le Mensonge, Ed. Bayard, 2006.
Pour comprendre le mécanisme du mensonge des enfants et éviter de le susciter.

Virginie Madeira et Brigitte Vital-Durand : J’ai menti, Ed. Stock, 2006. Un mensonge (dramatique) de petite fille qui condamne son papa à aller en prison. Edifiant.

Marie-France Cyr : La vérité sur le mensonge, Éditions de l’Homme.

Marie de Solemme : La sincérité du mensonge, Dervy-livres.

Anne Bacus : Questions au psy, Marabout.

Daniel Bailly - Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Extrait de sa biographie : Troubles mentaux : dépistage et prévention chez l’enfant et l’adolescent. (2003) ; L’anxiété de séparation : un trouble grave de l’enfant. (2001)