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© Photo : Jacques Solomiac

Editorial 15 septembre 2009

Le PIB ne serait plus le seul indicateur du "bonheur" économique

Selon l’économiste américain, Joseph Stiglitz, ancien conseiller de Bill Clinton à la Maison Blanche et prix Nobel d’économie, le progrès économique et social ne peut plus se résumer aux évolutions du produit intérieur brut (PIB), étalon mondial de la puissance des Etats qui mesure la production de biens et de services.

"Le PIB n’est pas (…) erroné en soi, mais utilisé de façon erronée », notamment quand il est présenté comme « une mesure du bien-être économique », selon des extraits du rapport remis à l’Elysée le 14 septembre 2009.

La commission présidée par le Prix Nobel Joseph Stiglitz a présenté au Président français 12 recommandations pour mieux mesurer les performances économiques et le progrès social.

- Pour mesurer le bien-être, regarder les revenus et la consommation

Le PIB mesure essentiellement la production marchande, ce qui fait un indicateur utile, mais il est souvent utilisé comme un indicateur de "bien-être économique", or les revenus peuvent décroître quand la production croit, et inversement.

- Refléter la réalité "vue des ménages"

Il faut prendre en compte les impôts, les intérêts d’emprunts mais aussi la valeur des services en nature fournis par l’Etat (éducation, santé...).

- Refléter le patrimoine d’un pays

Faire en sorte que les pays disposent, à l’image des entreprises, d’un "bilan" (avec actif et passif), en plus de leur "compte de résultat"

- Analyser comment sont répartis les revenus

S’éloigner de la référence au revenu moyen et lui préférer celle de revenu médian (celui de la personne au milieu si l’on sépare une population en deux groupes égaux)

- Prendre en compte les activités non marchandes (garde des enfants par exemple) et ne pas se limiter à celles qui font l’objet d’une rémunération

- Affiner les mesures chiffrées de la santé, de l’éducation, des activités personnelles

- Analyser en profondeur les inégalités et leur évolution

Evaluer les inégalités entre catégories socio-économiques, mais aussi en entre sexes ou entre générations

- Qualité de la vie : qu’est-ce qui influe sur quoi ?

Mettre en exergue les interactions entre les différents aspects de la vie grà¢ce à des enquêtes d’opinion

- Proposer des indices statistiques chiffrés permettant de refléter les différentes dimensions de la qualité de vie

- Intégrer la dimension subjective dans les statistiques

Intégrer dans les statistiques des données reflétant l’évaluation que chacun fait de sa vie, de ses expériences, de ses priorités

- Intégrer la "soutenabilité" du bien-être

Cette recommandation doit permettre de répondre à la question : le niveau actuel de "bien-être" pourra-t-il être augmenté, ou au moins maintenu, pour les générations à venir ?

- Développer un ensemble d’indicateurs environnementaux

Ils doivent en particulier permettre d’indiquer clairement dans quelle mesure nous nous approchons de seuils dangereux (hausse des températures de la planète ou épuisement des ressources mondiales de poissons par exemple).

Le commentaire de Laurent Joffrin du quotidien Libération :

"Le bonheur ? Une idée neuve dans la mondialisation. On ne saurait surestimer l’importance de la proposition formulée dans son rapport par Joe Stiglitz, (...) il propose de révolutionner non l’économie mais la manière dont l’opinion et les politiques l’envisagent. S’il est entendu et l’on veut croire que l’engagement du président Sarkozy sur ce thème soit autre chose qu’une posture ce serait une étape importante dans la réforme des esprits indispensable à l’humanisation du système efficace, mais impitoyable et dangereux, dans lequel nous évoluons. Ce ne sont, à ce stade, que des mots et des chiffres. Mais la prise en compte des indicateurs sociaux et écologiques dans la mesure de la performance d’une société changerait notre vision du monde futur. L’homme y retrouverait insensiblement sa place à côté ou à la place ? de l’implacable logique des marchés. (...) Joe Stiglitz plaide la neutralité politique des nouveaux instruments qu’il propose. C’est une habileté rhétorique. Keynésien, réformiste, il sait fort bien que la montée en puissance, à côté du PNB, d’un BNB, ’Bonheur national brut’ , infléchirait progressivement vers la gauche le cours de la politique démocratique. (...)"

Sources : Le Nouvel Observateur, l’AFP et Mondial infos

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