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Le 9 janvier 2018

Ecologie 5 novembre 2009

17.000 espèces menacées d’extinction

La liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) des espèces menacées a été publiée le 3 novembre 2009. Un bilan alarmant mais non exhaustif.

Le répertoire de l’UICN comprend désormais 47.677 espèces. 17.291 sont menacées d’extinction (36%). Parmi ces dernières, 3.325 se trouvent dans la catégorie la plus menacée, ’’en danger critique d’extinction’’, 4.891 sont ’’en danger’’ et 9.075 ’’vulnérables’’ à l’extinction. L’édition 2009 montre que 21% de tous les mammifères connus, 30% de tous les amphibiens, 12% des oiseaux, 28% des reptiles, 37% des poissons d’eau douce, 70% des plantes, 35% des invertébrés répertoriés à ce jour sont menacés.

Des réserves à ce triste bilan

- Il y a probablement plusieurs millions d’espèces dans le Monde. Le répertoire de l’UICN en compte seulement 47.677. Alors faut-il extrapoler mathématiquement les ratios ? Ce serait trop simple.

- Logiquement une espèce remplace une autre disparue : il y a 65 millions d’années, exit les dinosaures et voici les mammifères, donc l’homme. Sommes nous aujourd’hui dans ce processus "naturel" ou bien l’homme est-il entrain de détruire son environnement ?

Déjà alarmistes en 2000

Extrait : Deux chercheurs ont évalué le temps nécessaire à la restauration de la biodiversité. "Les extinctions actuelles dues à l’activité des hommes vont diminuer la biodiversité pour des millions d’années à venir." Cette phrase accusatrice est de James Kirchner, géologue à Berkeley (Californie), et d’Anne Well, anthropologue à l’université Duke (Caroline du Nord). Publiée dans la revue britannique Nature (1), elle prend place dans un article inquiétant sur la vitesse à laquelle la vie a retrouvé richesse et diversité après les cinq grandes extinctions de masse qu’elle a connues depuis 200 millions d’années.

Jusqu’alors, les paléontologues voyaient le scénario de reconquête de manière plutôt optimiste. En gros, une bonne crise avait du bon, côté biodiversité. La disparition de branches entières de l’arbre du vivant permettait aux jeunes pousses de se faire une place au soleil.
Pauvre-riches Un scénario critiqué par les deux scientifiques. Dans un monde appauvri en espèces biologiques, le nombre de niches écologiques différentes, donc susceptibles de sélectionner de nouvelles espèces, est lui aussi réduit. Tout simplement parce que ces niches sont en grande partie constituées par des espèces végétales et animales. On vit dans l’eau, sur l’air ou sur terre, mais on mange le voisin... et si les voisins sont peu nombreux ou trop souvent les mêmes, la sélection naturelle opère sur peu de paramètres et quelques espèces ont tendance à occuper toute la place.

Outre le raisonnement, les deux chercheurs se sont penchés sur les archives fossiles de deux groupes taxonomiques marins - le niveau des familles et celui des genres. Histoire de voir le temps qu’il faut, après les grandes extinctions, pour un retour de la diversité. Résultat : il faut attendre environ dix millions d’années après une crise pour que se produise une flambée d’apparition de familles et de genres nouveaux. Et donc pour que la nature retrouve un niveau de biodiversité équivalent.

Appel à la sauvegarde Jusqu’alors, les plus pessimistes comptaient sur une durée de moins de cinq millions d’années. Or, l’homme, prédateur mais surtout destructeur de biotopes entiers transformés en espaces cultivés au profit de quelques espèces seulement, exerce sur la biodiversité une pression pratiquement équivalente aux grandes crises d’hier. Au point que les biologistes en sont à supplier que l’on sauvegarde quelques « sanctuaires » (lire Libération du 24 février dernier) pour éviter la disparition massive d’espèces endémiques. Un processus dont les conséquences, nous disent les deux chercheurs américains, sont à vraiment très long terme, bien plus long que les moins de 200 000 ans d’existence d’une espèce bien singulière, Homo sapiens.

Article de SYLVESTRE HUET (Libération du 9 mars 2000).

Voir aussi un bel inventaire des espèces dans : L’encyclopédie de la vie